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La fusariose

La fusariose

La fusariose est un terme générique qui désigne, de fait, un groupe de maladies cryptogamiques, causées par une grande diversité de champignons du genre Fusarium. Ce nom est en lien direct avec la forme en fuseau, fusus en latin, des spores de ces microorganismes. La maladie des plantes concernées révèle une gravité variable selon les espèces.

Notions de biologie des Fusarium

Les Fusarium sont des champignons à mycélium cloisonné, dont on ne connaît que très peu de formes sexuées. Ils appartiennent à la famille des Tuberculariacées, caractérisée par la formation de conidiophores (organe de production des spores) en amas compacts appelés " coussinets ", où les conidies (spores asexuées) prennent un aspect pulvérulent, souvent rosé. Ces champignons vivent en saprophytes dans le sol ou en parasites sur les végétaux, et sont la cause des maladies appelées fusarioses. La nature de chaque fusariose est étroitement liée à l'espèce de Fusarium. On peut en décrire trois grands types principaux.

La fusariose des racines et du collet

C'est la fusariose la plus commune. Ce type de fusariose peut s'exprimer, dès la levée des graines, par des manques notoires ou la disparition rapide des jeunes plantules (fonte de semis). A un stade plus avancé, la fragilisation du collet provoque la verse (chute au sol) de la plante. L'action nuisible du champignon s'exerce aussi au niveau des racines et des tubercules, surtout par forte humidité et une température en-dessous de 10°C. Le sujet atteint présente d'abord un jaunissement, puis un dépérissement plus ou moins lent, pouvant entraîner la mort. Les espèces de Fusarium responsables de cette maladie du collet et des racines sont plutôt polyphages, c'est-à-dire susceptibles de parasiter différentes plantes se trouvant à proximité, ce qui provoque, dans les cultures, des foyers de destruction assez caractéristiques. Un exemple bien avéré et très particulier de cette fusariose vaut d'être signalé, c'est celui de la pourriture sèche de la pomme de terre. Le tubercule se momifie et devient très dur souvent au moment de la récolte et cela se poursuit pendant la conservation. Les plantes concernées par ce type de fusariose désignent encore la féverole, le pois, les graminées fourragères, l'asperge et le céleri.

La fusariose vasculaire

Dans ce cas, l'agent pathogène envahit les vaisseaux du xylème (tissu qui transporte l'eau et les nutriments, sève brute) et bloque rapidement la circulation des éléments nutritifs. Les plantes flétrissent et meurent brutalement. Les racines et le collet sont souvent nécrosés. On désigne cette fusariose vasculaire par le terme expressif de trachéomycose. Le champignon incriminé, appelé Fusarium oxysporum, se manifeste à partir de variétés spécifiques pour chaque nature de plantes. Un bon exemple de la fusariose vasculaire nous est fourni par la fusariose des palmeraies ou " Bayoud ", qui engendre des dégâts considérables au Maroc. Un processus de même nature, par obturation vasculaire, concerne le lin, le melon, le cyclamen avec des conséquences économiques naturellement.

La fusariose des organes aériens

D'autres espèces de Fusarium sont responsables de lésions sur les parties aériennes de certaines plantes, occasionnant des dessèchements de rameaux ou des chancres, avec pour conséquence le dépérissement. La maladie s'étend parfois aux fruits. Des plantes ligneuses sont concernées par ce type de fusariose, comme le framboisier, le groseillier, le cognassier, voire le peuplier. Enfin, il importe de signaler la " fusariose des épis ", maladie des céréales engendrée par F. roseum ou F. nivale et s'exprimant par des taches brunes à noires sur les feuilles, les gaines ou les tiges. Des épillets se dessèchent sur l'épi encore vert, et l'on remarque de petits amas cotonneux roses à l'aisselle des pièces florales. Cette maladie des épis est très surveillée, en raison de la présence de mycotoxines dans les grains contaminés, substances éminemment toxiques pour l'homme.

Prévention et lutte contre la fusariose

La plupart des champignons du genre Fusarium se conservent dans les débris végétaux ou dans le sol pendant une dizaine d'années, sous forme de chlamydospores, organes de conservation du parasite. Le traitement de la fusariose s'avère quasiment impossible… Si la maladie se déclare, il faut lutter rapidement, en détruisant sur place les sujets atteints, par arrachage et brûlage intégral, pour enrayer la propagation. Il est donc essentiel de bien respecter les mesures prophylactiques. Utiliser des graines et tubercules traités préventivement par un fongicide. Choisir des variétés résistantes et s'assurer de la qualité sanitaire des plants. Pratiquer une rotation longue des cultures (6 ans au moins). Propreté renforcée des serres ou locaux de conservation et utilisation de matériel désinfecté sont indispensables. Le drainage des sols peut être nécessaire. Certaines cultures de céréales doivent être l'objet d'un traitement à caractère préventif (contre la fusariose des épis) au début de la floraison. Pour les productions horticoles intensives, on est parfois contraint de désinfecter les sols soit par chauffage, soit par pulvérisation de produits chimiques. On a même développé des cultures hydroponiques (sans substrat) simplifiant ces problèmes de contamination du sol. Par Claire Schutz Croué